Apprentissage de l'introspection...

Apprendre à nager pour diminuer le nombre de noyés!!!

«Pour se connaitre et s'humaniser, chacun doit mettre en doute ses convictions les plus profondes. Ce sont précisément elles qui risquent de le rendre aveugle et insensible.»

Jacques Débigaré

Quel est le meilleur moment pour apprendre à nager? Lorsque l'on est en sécurité avec un moniteur compétent dans un environnement approprié, ou lorsque nous tombons accidentellement à l'eau ?

La réponse semble évidente, tout le monde s'entend à dire que le meilleur moment se situe dans la dimension préventive et non currative. D'autant plus que faire l'apprentissage d'une habileté sur le plan préventif est très souvent plaisant alors qu'apprendre cette même chose sur le plan curratif l'est rarement.

Apprenons nous à nager dans les livres? bien sur cela est utile de «savoir» nager sur le plan théorique, mais de ce que je me souviens, même si je savais nager en théorie, cela ne m'a pas empêché de passer par toutes les étapes d'apprentissage de la nage...

Et comment étaient organisées ces différentes étapes? Est-ce qu'on nous poussait à l'eau dès la première activité ou y avait il une progression des difficultés qui tenait compte du potentiel de chacun?

Comment se fait-il que nous comprenions qu’il est préférable d’apprendre à nager avant de se jeter à l’eau et que, comme disait Rousseau, nous n'apprenons pas à «être», ou «vivre en fonction des bonnes ou mauvaises fortunes de la vie»? 

Pensons-nous que la connaissance de soi est innée?

Que se passe t'il lorsqu'une personne éprouve des difficultés dans sa vie et que celle-ci va chercher de l'aide auprès d'un psychologue ou d'un thérapeute? L'intervenant ne fait-il pas un travail d'éducation? N'éduque t'il pas la personne aidée au connais-toi toi-même?

Bien sur, il est indispensable de fournir de l'aide sur le plan curratif, mais avez-vous déjà essayer de réfléchir ou de faire quelque chose lorsque les alarmes de votre maison se mettent à hurler? Autrement dit, ne serait il pas plus facile et agréable de faire l'apprentissage de soi lorsque tout va bien que quand le feu est pris dans la maison?

Au même titre que l'apprentissage de la nage fait en sorte de diminuer le nombre de noyés, l'apprentissage de l'introspection ne ferait il pas en sorte de diminuer le nombre de personnes en difficultés?

Selon moi, il y a un déséquilibre entre le savoir accumulé concernant le monde extérieur à l'humain (la «rationnalité», le matériel, la technologie, les sciences exactes, le visible) et la connaissance de notre monde interne («L'irrationnalité», la conscience, les émotions, l'invisible)... Les enfants en savent davantage sur l'origine de l'univers que sur l'origine de leurs attitudes... Est-ce normal?

Ce déséquilibre apporte son lot de conséquences : le harcèlement et intimidation, l'isolement, le mal de vivre, le suicide, etc... sont selon moi directement reliés à cette ignorance de nous-mêmes. L'instruction est importante mais l'éducation l'est davantage.

Dans ce sens, au contraire de Platon (il me semble) qui disait qu'une personne n'a besoin d'être spécialiste que d'une chose pour que la «cité» fonctionne, je prétends que tout individu devrait être spécialiste de deux choses : de sa profession et de lui-même, de l'extérieur et de l'intérieur...

«Il est très possible que nous regardions le monde dans le mauvais sens, et que nous puissions trouver la bonne réponse en modifiant notre approche et en l'abordant de l'autre côté, à savoir non plus de l'extérieur, mais par l'intérieur.» (Jung)

Le tableau qui suit tend à montrer ce déséquilibre entre nos connaissances externes et internes.

«Les yeux physiques»

(dirigés vers l'extérieur)

Exemple : Une élève de huit ans exprime son incompréhension sur le fait que «le soleil brûle... mais il n'y a pas d'air dans l'espace».

(Étonnement)

Début de réflexion possible car elle a appris le principe du «triangle de feu», et qu'en fonction de ce principe le soleil devrait s'éteindre...

«Je sais que je ne sais pas»

Personne  qui n'est pas dangereuse selon Socrate.

Conséquences

Je m'interroge et par curiosité je cherche à comprendre... Je progresse.

«Les yeux de l'âme»

(dirigés vers l'intérieur)

Exemple : Un élève de dix ans qui perturbe la classe dit qu'il ne peut pas changer parce qu'il est «né comme ça». 

(Pas d'étonnement)

Début de réflexion difficile, voir impossible par ignorance des caractéristiques innées et acquises chez l'humain.

«Je ne sais pas que je ne sais pas»

Personne dangereuse selon Socrate.

Conséquences

Je ne m'interroge pas et je ne cherche pas à comprendre... je ne progresse pas.

L' ignorance de soi (ou la non-éducation) éduque…Une des conséquences, que nous pouvons facilement observer autour de nous, est que l’explication de notre souffrance se situe nécessairement à l’extérieur de nous, «l'autre me fait souffrir, c'est de sa faute, c'est un imbécile, etc ...».

Est-il possible de dire alors que la meilleur façon de faire du curatif serait de faire de la prévention, en étant éduqué au «connais-toi toi-même»?

C'est en tous les cas ce que nous faisons dans une multitude d'autres domaines. Par exemple, serait-il sensé d'utiliser un objet sans avoir appris à s'en servir, comme conduire une voiture, un avion, une arme, un outil, etc. D'ailleurs, je pourrais simplifier la chose en rappelant que nous venons au monde uniquement avec quelques habiletés innées, instinctives, et que toutes les autres habiletés sont acquises par apprentissage.

Alors il ne me semble pas illogique de prétendre que faire l'apprentissage de l' introspection serait au moins tout aussi pertinent que de faire l'apprentissage de tout autre chose.

 

Ma conclusion

Si une personne en situation de crise est capable de faire l'apprentissage de l'introspection, il est facile d'imaginer les conséquences de ce même apprentissage lorsque la personne est «en sécurité avec un moniteur compétent dans un environnement approprié», et selon moi l'école se doit  d'être cet endroit.

"La gigantesque crise de l’humanité n’est autre que la crise de l’humanité qui n’arrive pas à accéder à son humanité ." Edgar MORIN

" Vaste programme, très vaste même ! Utopie diront certains pour qui les mots d’ordre d’efficacité ou de compétitivité ont gommé tous les autres... Et pourtant, les voix qui parlent ici ne soulèveraient-elles pas les vrais problèmes de la crise de l’école et du mal-être de ses acteurs ?". Martine Fournier, Sciences Humaines, 2007.

«S’il est une révolution de l’esprit qui reste à assurer, à l’échelle individuelle comme à l’échelle de la planète, c’est bien celle du passage du regard binaire sur la réalité à une approche complexe et systémique. Et s’il est un lieu où les interactions entre les modes de fonctionnement collectif et l’évolution des personnes s’opèrent dans toute leur complexité, c’est bien l’institution scolaire . Aussi est-ce dans ce lieu, où nous passons tous, que ces interactions peuvent être le mieux observées et comprises, et éventuellement transformées

Source : http://www.ecolechangerdecap.net/